📬 NEWSLETTER — « Un manuscrit, c’est aussi une bataille »
Bonjour,
On parle souvent de l’écriture comme d’une illumination, un souffle, un moment suspendu où les mots coulent presque d’eux-mêmes.
C’est vrai, parfois.
Mais on parle beaucoup moins de ce qui vient après : la bataille silencieuse des corrections.
Parce que oui, un manuscrit se termine deux fois.
Une première fois quand on écrit le dernier mot.
Une deuxième fois quand on accepte qu’il faut tout reprendre.
Et cette seconde fin est, de loin, la plus courageuse.
✂️ La vérité que l’on dit rarement
Corriger, ce n’est pas “améliorer”.
C’est regarder sans détour ce qu’on a écrit.
C’est reconnaître les forces, mais aussi les maladresses, les phrases qui sonnent juste seulement dans notre tête, les chapitres qui manquent d’air, les incohérences subtiles que seul un lecteur extérieur verra.
C’est accepter que l’on n’est pas toujours brillante,
que parfois on tourne en rond,
que souvent on répète,
et que presque toujours… on peut faire mieux.
Corriger, c’est un acte d’humilité.
Mais aussi un acte de foi.
🔍 Comment ça se passe vraiment ?
Loin des clichés romantiques, les corrections ressemblent plutôt à ça :
— imprimer des dizaines de pages et les couvrir de notes illisibles ;
— passer vingt minutes sur une phrase de huit mots ;
— supprimer un chapitre qu’on aimait beaucoup mais qui ne sert à rien (le deuil littéraire existe, croyez-moi) ;
— déplacer une scène entière pour que l’émotion arrive enfin au bon moment ;
— relire et relire, puis relire encore, jusqu’à ne plus supporter la vue de certaines phrases ;
— avoir soudain une idée brillante… en pleine nuit ;
— et, parfois, tout recommencer.
C’est un travail presque artisanal, précis, obsessionnel parfois, totalement jubilatoire quand la bonne version apparaît enfin.
✨ Le moment magique : quand tout s’aligne
Il arrive un instant, minuscule mais inoubliable, où le texte respire.
Où la scène qui refusait d’exister se met soudain à vivre.
Où un personnage trouve sa voix exacte.
Où l’on sent que oui, c’est là.
Ces moments justifient toute la bataille.
On se dit : « D’accord, j’avais raison de m’acharner. »
Et la fatigue disparaît d’un coup.
📝 Une petite scène inédite sur les corrections
Elle relisait le même passage depuis une heure.
C’était une scène importante — trop importante, peut-être.
Tout sonnait faux, artificiel, forcé.
Elle poussa un soupir, se leva, marcha dans la pièce en marmonnant :
— Ils ne diraient jamais ça. Pas comme ça. Pas maintenant.
Elle se rassit, raya la moitié du dialogue, puis l’autre moitié.
Un silence.
Une respiration.
Et soudain, la phrase juste.
Elle la nota au milieu du chaos de brouillons, et tout l’équilibre de la scène changea.
— Voilà, murmura-t-elle. Maintenant, tu existes.
Ce moment-là, tous ceux qui écrivent le connaissent : cette micro-victoire invisible que personne ne voit, sauf nous.
📚 Côté projets
Je suis en plein dans cette phase, entre pages imprimées, doutes salutaires, trouvailles inattendues et coups de ciseaux nécessaires.
Il y a un plaisir étrange dans ce processus : celui de voir une histoire devenir elle-même.
Je vous en reparlerai, probablement avec encore plus d’honnêteté (et peut-être un peu d’auto-dérision).
💌 Une invitation pour vous
Même si vous n’écrivez pas, il y a sûrement un domaine dans votre vie où vous êtes en train de corriger quelque chose.
Une habitude, une relation, une direction, une croyance.
Les corrections ne sont jamais une punition.
Elles sont un ajustement, une mise au point, un recentrage.
Corriger, c’est croire en ce qui peut encore évoluer.
Et cette croyance-là est une force.
Merci d’être ici,
merci de lire,
merci d’accompagner mes batailles littéraires — les belles, les petites, les secrètes.
À très vite,
S.C. Starowicz
